Plume meurtrière

J’ai la plume au cou, elle me saigne de sa finesse, je me vide, je baigne dans mon encre rouge personnelle, mon heure a sonné. Cordes vocales lacérées, muettes comme la tombe défraîchie qui m’attend au bout de ma linéaire ponctuée, je ne peux que chanter mes écritures par les larmes en rythme sur mes rimes, elles ruissellent le long de mes rides représentant l’âge de mes printemps. Le sablier fait du goutte à goutte, les secondes semblent des heures, le défroissage corporel et mes veines capitulent sous la légèreté de ma musculature devenant avide de force sanguinaire, la vue se trouble sous cet effet et sous l’œillade de cette mare à mes pieds. J’ai la tremblote, je ne l’avais encore jamais connue même lors de page blanche constante, en connaître son existence fait froid dans le dos. Ne plus pouvoir utiliser ses mains pour retranscrire son âme, quoi de plus horrible pour un auteur drogué des mots et des maux. Pendant ce court et long instant d’agonie, je me laisse encore l’influence humaine de raisonner, trouver le pourquoi du comment à cet acte inimaginable, de ne pas jeter la pierre sans raisonnement justifié. Ma propre arme s’est retournée contre moi (sa maîtresse) pour me faire comprendre que nul n’est esclave d’autrui, qu’il soit vivant ou non, que chaque petite chose a sa valeur, a son droit de liberté, de remerciement, de vie, d’espérance et de choix . Malgré sa particularité première en abuser n’est pas respectueux, sous peine de se retrouver à un moment donné dans le cercle de la vie de la roue qui tourne, de la compréhension d’une pause partielle évitant la fatigue de l’être quel qu’il soit. A présent je me meurs, je ne peux qu’en vouloir à moi-même de n’avoir pris soin de ma source première qui aurait dû être chérie plutôt que d’être mutilée  par le travail quotidien sans fin, sans feindre le moindre gémissement d’épuisement. Je m’en veux à ce jour, je m’en veux de n’avoir vu que ta pointe fine et précieuse est prise par l’usure et qu’elle est chauffée à température élevée sous le crissement de mes aller-retours manuels sur mon papier. Aujourd’hui tu m’as eu, tu m’as bien eu, la parole n’est pas un don que tu as, alors du seul geste que tu connaisses, et d’une puissance solennelle, tu as mis fin non à ma vie, mais à ma seule et unique raison de vivre. Je te comprends, je ne t’en veux guère, sache-le ! Sans cela tu aurais péri avant moi et cela n’aurait pas eu de justification sachant que tu t’es tuée à la tâche, tu mérites retraite et moi défaite. Au revoir mes feuilles blanches, au revoir madame l’inspiration, au revoir mes muses sacrées, au revoir et à jamais madame la plume a fermé mon clapet.

Jazzy Jazz

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